Alain Minc le déclare du haut de son autorité de manager : la chute de l'Italie aurait un effet de dominos et affecterait l'ensemble de l'économie européenne et même mondiale...
Alain Minc, qui s'est illustré davantage jusqu'ici par le poids de réseau social plus que par l'exactitude de ses pronostics, nous le promet : si l'Italie chute, c'est la fin du monde !
On le savait que Monsieur Minc n'avait pas vraiment le sens des proportions : il a appelé la crise de 2008 "un soubresaut gérable". Il a fait preuve d'une gratitude toute filiale et d'une rare humanité en s'indignant de ce que l'Etat français ait dépensé plus de 100.000 euros pour sauver la vie de son père de 102 ans... Il a été celui qui a privé les journaliste du Monde, le journal français de référence, de leurs droits. Il a presque traité le pape Benoît XVI de nazi en rappelant qu'il était l'héritier de l'histoire de l'Allemagne...
Nous arrêtons là la série de fait héroïques de ce proche de Nicolas Sarkozy, conseiller de nombreux patrons français à travers sa société de consultance AM Conseil...
Une vision franco-française du monde
Monsieur Minc a beau voyager beaucoup pour ses affaires, il a du mal à se dégager d'une vision très franco-française. Pour lui, l'Europe et surtout la France, constituent toujours le centre du monde. Alors que tous les observateurs un peu sérieux savent que depuis quelques années, le centre de gravité économique s'est déplacé vers l'Asie, avec l'appui du Brésil et de la Russie. Les fameux Bric. Mais cela ne semble pas avoir effleuré l'esprit sagace de ce représentant typique des élites françaises.
Voici quelques extraits de son interview à paraître dans le Journal du Dimanche. Sur le cas italien, il trouve "qu'il est fascinant de voir avec quelle superficialité les agences de notation jugent les pays. Pour l’Italie, elles méconnaissent que la dette est majoritairement portée par les Italiens, que 30% de l’économie souterraine ne figure dans aucun compte et ne tiennent pas compte de la force de son industrie."
C'est sans doute la mafia et son "économie souterraine qui ne figure dans aucun compte" qui vont sauver l'Italie. Monsieur Dragoni, directeur de la Banque centrale italienne appréciera sans doute, lui qui se bat depuis des années contre la mafia et son "économie qui ne figure sur aucun compte".
"Si l'Italie saute, le monde saute". Personnellement, nous sommes plus inquiêts de la mauvaise note attribuée aux Etats-Unis par l'agence Standard & Poor qui risque de peser davantage sur l'économie mondiale. Mais Monsieur Minc a sans doute trop d'amis sur le nouveau continent pour le critiquer ouvertement...
La crise : une bonne nouvelle !
Mais l'auteur de La Mondialisation heureuse reste un éternel optimiste : "Ce risque qui fait sombrer les marchés a un immense mérite : pousser les pays de la zone euro à faire un pas de plus vers l’intégration économique. L’Allemagne ne peut pas se permettre un accident italien. La Péninsule est un partenaire indispensable. Si l’Italie saute, l’Allemagne saute, l’Europe aussi et le monde enfin. Donc l’Italie ne sautera pas ! Nous allons à marche forcée vers la gouvernance économique européenne voulue par la France, en échange des critères de bonne gestion imposés par l’Allemagne."
Il est clair que l'Allemagne reste la locomotive économique de l'Europe et que ses principaux clients sont l'Italie, la France, l'Espagne, le Portugal, la Belgique, etc. Et donc qu'elle a tout intérêt à ce qu'ils ne "sautent" pas. Mais que cela signifie que nous allons vers une meilleure gouvernance "voulue par la France", c'est du gaullisme mal digéré !
Une "bonne guerre" pour sauver l'Europe ?
Premièrement, "une guerre qui est heureusement inconcevable". Nous sommes heureux d'apprendre que Monsieur Minc n'est pas favorable à une guerre. C'est la première bonne nouvelle de la journée.
Deuxièmement, l'inflation, mais qui est hors de question "à cause de la mondialisation et la rigueur." C'est l'argument des gouvernements européens depuis le début des années 70 : il vaut mieux un million de chômeurs supplémentaires qu'un pourcent d'inflation en plus. Rien de nouveau sous le soleil, donc.
Et enfin, "Si nous faisons 2% de croissance dans la zone euro ce n’est déjà pas si mal. Tout l’enjeu est de définir une politique de rigueur socialement juste et acceptable." Enfin, le gros mot est lâché : "une politique de rigueur".
Français, Françaises, préparez-vous à vous serrer la ceinture : Alain Minc revient avec la bonne vieille recette des élites de droite. Les bénéfices pour les entreprises, la rigueur pour les autres !
Oui, mais : "socialement acceptable"... Ouf, on respire ! (MB).
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