En demandant d'oublier les faits de collaboration, le ministre de la justice a soulevé une vague d'indignation chez les Francophones. Aujourd'hui, il assure n'avoir pas voulu minimiser la collaboration.
Stefaan De Clerck a-t-il oublié à quel point la question est sensible pour les Francophones ? A quel point cette proposition est marquée par par l'extrême-droite et l'utilisation inlassable que celle-ci en a faite ? Au point que certains, comme Philippe Mahoux (PS) n'hésitent pas à dire que le ministre s'est rallié aux thèses du Vlaams Belang.
Ce que le ministre cherchait sans doute en exprimant ses vues à la RTBF, ce dimanche, c'est la réconciliation par l'oubli : "à un certain moment, on doit être adulte et prêt à discuter. Et peut-être aussi à oublier, parce que c’est du passé" déclare-t-il sur le plateau de la chaîne francophone. Et il ajoute qu'on doit pouvoir évoquer le sujet "de manière sereine et en toute transparence. Il faut un débat sans nationalisme, en dehors de l’émotionnel. Il faut comprendre un passé et travailler à notre avenir".
Il n'en fallait pas davantage pour déclencher les foudres francophones. Jacky Morael parle de propos "intolérables et inacceptables". Francis Delpérée (CDH) souligne que "le ministre suggère l’oubli, alors qu’il faut faire un travail de mémoire autour des patriotes et des résistants. Nous pouvons pardonner, peut-être, à ceux qui regrettent, qui reconnaissent les faits mais parler d’oubli n’a aucun sens."
Hier, selon Belga, le ministre a déclaré dans un communiqué qu'il ne voulait absolument pas "minimiser les faits" mais qu'il a voulu situer le passé à sa juste place et à l'appréhender de manière raisonnable".
Et il conclut ainsi : "Il faut continuer, avec force, plus de soixante après la guerre, à reconnaître toute la vérité, mais en même temps, oeuvrer à la réconciliation, par exemple, s'agissant des générations qui ont succédé aux condamnés".
Dans son célèbre essai "Qu'est-ce qu'une nation ?" Ernest Renan disait ceci : "L’oubli, et je dirai même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont passés à l’origine de toutes les formations politiques, même de celles dont les conséquences ont été le plus bienfaisantes."
Mais y a-t-il encore possibilité de former une nation en Belgique, alors que le pays lui-même vacille sur ses bases ? Chaque jour qui passe et creuse le fossé entre le Nord et le Sud semble affirmer le contraire... (MB).
http://www.youtube.com/watch?v=Jhcp97-Jsfs
Place comments
0 Comments
You are currently seeing only the comments you are notified about, if you want to see all comments from this post, click the button below.
Show all comments