La saga Tapie-Crédit Lyonnais dure depuis 18 ans et n’a pas manqué de rebondissements. Cette fois Christine Lagarde, présidente du FMI et ancienne ministre de l’Economie du gouvernement Sarkozy est sous le coup d’une enquête de la Cour de Justice de la République française (CJR).
Les chefs retenus sont "complicité de faux" et "complicité de détournement de biens publics", et sont passibles de dix ans de prison et 150.000 euros d'amende. Cette commission va enquêter sur le rôle joué par l'ancienne ministre dans la procédure d'arbitrage ayant mis fin en juillet 2008 au conflit entre Bernard Tapie et l'ancienne banque publique Crédit Lyonnais, au sujet de la vente d'Adidas en 1993. Retour sur cette saga financière.
En août 1990, Bernard Tapie rachète Adidas, pour 1,6 milliard de francs français. Mais fin 1992, alors qu'il entre au gouvernement, il décide de se débarrasser de l'entreprise et confie à une filiale du Crédit Lyonnais, un mandat de vente. Il fixe le prix à 2 milliards. Ce que Tapie ignore c’est que le Crédit Lyonnais détient 20% du capital d’Adidas. Il accuse alors la banque d’avoir failli à sa mission de conseil pour le rachat. Adidas est vendue pour 4,4 milliards en 1994 et Tapie réclame une part de la plus-value. Entre-temps, le Crédit Lyonnais fait faillite en 1993. Le groupe Tapie assigne la banque pour faute. Pour rappel, le gouvernement français possédait des parts du CL. Echec d’une médiation entre l’Etat français et Bernard Tapie en 2004 mais la Cour d’Appel condamne le CL à verser 145.000.000€ de dommages et intérêts à Bernard Tapie. En 2006, la Cour de cassation annule le jugement. C’est en 2007, que décision est prise de s'en remettre à ce fameux tribunal arbitral, au centre de toutes les critiques aujourd'hui.
C'est Christine Lagarde, alors ministre de l'Economie, qui avait opté pour cet arbitrage alors que la voie judiciaire s'annonçait favorable au gouvernement. Il lui est reproché d'avoir recouru à cet arbitrage privé alors qu'il s'agissait de deniers publics, d'avoir eu connaissance de la partialité de certains juges arbitres et de ne pas avoir exercé de recours contre cet arbitrage controversé alors que plusieurs spécialistes l'y avaient encouragée. Un règlement à l'amiable au terme duquel l'homme d'affaires s'est vu octroyer plus de 400 millions d'euros de dommages et intérêts, dont un record absolu de 45 millions pour «préjudice moral».
Christine Lagarde ne devrait toutefois pas voir contestée son élection à la tête du FMI, surtout dans la période de turbulences économique et financière actuelle. Elle a été élue en juillet dernier directrice générale du Fonds monétaire international en remplacement de Dominique Strauss-Kahn, démissionnaire. La France a soutenu sa candidature malgré la menace que faisait peser sur elle la procédure concernant l'affaire Tapie.
L'instruction peut durer des mois voire des années avant que Christine Lagarde soit formellement poursuivie ou blanchie. Mais, en attendant la décision finale de la CJR, la patronne du FMI va forcément avoir bien du mal à faire oublier les lourds soupçons qui pèsent sur elle et sur son intégrité même si l‘on se doute bien qu’à l’époque des faits, le gouvernement français et son Président Nicolas Sarkozy étaient derrière elle. (IH)
Après DSK, Christine Lagarde sous les feux d'un scandale politique (videos)
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