La Fondation Auschwitz se bat avec le Groupe mémoire pour préserver intactes les caves de la Gestapo situées au 347 de l’avenue Louise, à Bruxelles.
En participant il y a trois ans à un colloque à Metz sur les lieux de mémoire, la Fondation Auschwitz avait été interpellée sur la mise en valeur de tels sites emblématiques en Belgique. « L’on pensa automatiquement au camp de Breendonk et à la caserne Dossin à Malines, mais aussi au siège bruxellois de la Gestapo au 453 de l’avenue Louise », explique Daniel Weyssow, chargé de projets à la Fondation. « Le problème est que l’endroit reste peu connu en dehors du raid héroïque du pilote de la RAF Jean de Selys Longchamps qui le bombarda le 20 janvier 1943. Il siérait de faire mieux connaître ce lieu de sinistre mémoire qui abrita la Sichereitspolizei et le Sichereitsdienst (Sipo-SD) et où se retrouvèrent donc tous les cerveaux responsables de l’arrestation et de la déportation ».
L’on sait moins que la Gestapo déménagea au 347 de l’avenue Louise après l’attaque tout en ayant un troisième site au 510. Dans les caves, les messages des juifs torturés jusqu’à la mort sont toujours gravés sur les murs : « Vive la Belgique, Vive De Gaule, Plutôt mourir debout que vivre à genoux, Ne jamais se rendre, Prolétaires de tous les pays unissez-vous, A ma chère femme avant de mourir, Gardes la tête haute et préserves ta conscience … ». Leur nom, leur foi, leur désespoir, tout y est écrit et les murs se souviennent.
Certains comme Daniël Weyssow veulent préserver cette trace de l’Histoire, mais les propriétaires du bâtiment refusent toujours actuellement de rendre ce lieu accessible au public.
Un ouvrage, coédité par le Centre de Recherche et d'Etudes Historiques de la Seconde Guerre Mondiale, paru en 1996, retrace l’histoire de ces caves. Le journaliste de la RTBF André Dartevelle y décrit sa découverte de ce lieu en ces mots : «Je n'oublierai jamais cet après-midi d'octobre 1994, les façades et les arbres de l'avenue Louise que je remontais avec mon assistante Marianne en direction du rond-point du Roi. J'avais pris rendez-vous avec le syndic de l'immeuble occupé naguère par la police SS (…) Je voulais faire le tour des lieux de mémoire et de torture, pour mon futur film "A mon Père Résistant". J'avais souvent vu passer le numéro 347 de l'avenue Louise dans les témoignages écrits de Résistants et surtout dans les dossiers lus et relus au Ministère de la Santé publique (…) Quand j'ai rencontré le syndic dans le hall de l'immeuble, je l'ai entraîné dans les caves. Il m'a ouvert une cellule vide, celle du concierge, éclairée par le jour pauvre d'un soupirail; j'ai allumé ma lampe en la promenant en biais le long du mur et nous avons vu se détacher les graffitis par dizaines; des noms de femmes, des dates, des noms propres, des adieux, des mots d'amour. Je me souviens de l'ahurissement du gérant et de l'émotion de Marianne. Et la mienne (…) J'ai passé deux week-ends complets à déchiffrer une trentaine d'inscriptions, dans le décor quelque peu halluciné des caves du 347 (..) Une photographe s'est mise au travail et pendant de longues journées, a multiplié les photos avec éclairage rasant pour arracher à l'oubli des noms et des appels condamnés à l'indifférence.
Des hommes et des femmes sont morts dans l’indifférence générale au 347 de l’avenue Louise, un numéro de rue pour un bâtiment à Bruxelles qui encore aujourd’hui fait l’indifférence générale. Daniël Weyssow entend se battre pour préserver et faire reconnaître ce patrimoine. (AD)
Avenue Louise 347 : les caves de la Gestapo sont intactes
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