De jeunes iraniens arrêtés pour des batailles d’eau Actua
De jeunes iraniens arrêtés pour des batailles d’eau
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De jeunes iraniens arrêtés pour des batailles d’eau

Tout le monde sait qu'il ne faut pas jouer avec le feu. Mais à Téhéran, apparemment, même jouer avec de l'eau peut vous attirer des ennuis. Voilà en tout cas ce que viennent d'apprendre à leur dépens plusieurs jeunes gens en Iran, arrêtés la semaine dernière par les forces de l'ordre pour avoir participé à des batailles d'eau dans la rue, organisées via Facebook et par SMS notamment.

Vendredi 29 juillet, une bataille d’eau géante est organisée dans un parc du centre-ville de Téhéran. Le rendez-vous est donné sur Facebook. Munis de pistolets à eau, les Iraniens et Iraniennes s’en donnent à cœur joie. Une semaine après, vendredi 5 août, la scène se répète cette fois à Bandar Abbas dans le sud du pays. Les photos de ces jeunes ont été publiées par tous les médias iraniens. On y voyait des jeunes filles, dont certaines mal voilées, et des garçons s’attaquer avec des pistolets à eau, leurs vêtements totalement mouillés.

Dans la capitale comme à Bandar Abbas, une trentaine de participants sont alors arrêtés par la police. Le motif: incitation à la débauche et création de promiscuité entre hommes et femmes, ce qui est contraire à la loi islamique.

Selon un député conservateur, Hossein Ibrahimi, c’est un événement « honteux », "la promiscuité entre les hommes et les femmes est inacceptable d’autant plus qu’en ce mois de ramadan les jeunes transportaient des bouteilles d’eau, ce qui est contraire aux moeurs pendant la période de jeûne".

Alors, simple manifestation innocente ou véritable révolution du pistolet à eau ? Les avis divergent dans la blogosphère. Certains y voient une manière de raviver le mouvement « vert » de 2009, alors que d’autres estiment que les têtes « trop » pensantes se méprennent en voyant une signification politique dans le moindre geste de la population iranienne.

Le chef de la police de Téhéran, Hussein Sajedinia, prévient : « nous écraserons tout mouvement de jeunes qui tentera d'enfreindre nos lois » pendant que sur le net de nombreux blogueurs se déchaînent avec sarcasme et colère : « dans ce pays, vous vous faites arrêter si vous organisez des batailles d'eau, mais si vous commettez un viol ou un meurtre, vous n'êtes, non seulement pas arrêté, mais vous êtes même décoré d'une médaille pour votre bravoure ». Ou encore : « L'Iran est un pays où vous êtes accusé de trouble à l'ordre public si vous jouez avec un pistolet à eau et célébré comme un soldat de l'imam caché si vous vous servez de votre Kalachnikov pour abattre une jeune femme ! ».

Les blogueurs iraniens ne manquent pas de nous rappeler, au péril de leur liberté bafouée, que des hommes et des femmes prennent quotidiennement des risques et mènent des grèves de la faim pour que les choses changent dans leur pays mais que ces événements sont passés sous silence au profit de ces batailles d'eau « bon enfant ».

Soulignons également le courage de ces blogueurs qui s’expriment, car en 2010, selon une étude de l’université d’Harvard (Etats-Unis) financée par le Département d’Etat américain, 7% de ces blogueurs arabes ont été arrêtés et près de 30% d’entre eux ont été directement menacés. Dans 18% des cas, leur site Internet a été piraté et leurs mots de passe dérobés. Les chercheurs ont étudié la situation de 98 blogueurs au Moyen-Orient et en Afrique du Nord écrivant sur des thématiques de politiques, intérieure ou étrangère, sur la liberté d’expression en général et sur la liberté d’expression sur Internet en particulier. (AD)

A lire aussi :
Le blogueur iranien, Hoder, de nouveau en prison
http://fr.clint.be/actua/buitenland/le-blogueur-iranien-hoder-de-nouveau-en-prison

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