Deux ans de prison avec sursis. Les juges n'ont pas épargné, ce jeudi, l'ancien président de la République. Malgré son âge, son passé et sa santé, l'ex-maire de Paris est condamné pour 19 emplois fictifs.
Application de la loi et personnalisation des peines. Dans le cas de Jacques Chirac, 79 ans, les juges ont pris soin de le rappeler hier. Ils ont évoqué son âge, son état de santé, dont « la dégradation est avérée », et ses éminentes responsabilités de chef de l'État. « Autant d'éléments qui doivent être pris en considération pour déterminer la sanction qu'il convient d'appliquer à son encontre... »
Les visages des deux avocats du grand absent, Me Kiejman et Me Veil, se figent alors. Les prévenus présents, debout face à la cour, se raidissent comme des piquets. Silence dans le prétoire. Et la sanction tombe : deux années de prison avec sursis. Commentaire du juge : « Cela paraît tout à la fois adapté à la personnalité du prévenu ainsi qu'à la nature et la gravité des faits qu'il a commis. »
Dix-neuf emplois fictifs
Toutes les stratégies imaginées par les avocats pour éviter à l'ancien président une condamnation qui pourrait ternir sa réputation, ont échoué. L'ancienneté (vingt ans bientôt) et la prescription des faits ? Balayées. La stratégie de la compassion ? Réduite à pas grand-chose. Le passé a rattrapé Jacques Chirac, celui de maire tout-puissant de Paris (trois mandats) et son art de mélanger les casquettes. Maire de Paris, député de Corrèze, président du RPR.
Le jugement est charpenté, détaillé. 173 pages. Il décortique un par un les emplois fictifs reprochés à l'ancien maire, accusé d'être « l'initiateur et l'auteur principal » des délits d'abus de confiance, détournement de fonds publics, et prise illégale d'intérêts. Au final, dix-neuf emplois, totalement ou partiellement fictifs, lui sont reprochés entre 1992 et 1995. Avant, les faits sont prescrits. Après, il est président de la République, protégé par son immunité présidentielle. Aucun enrichissement personnel ne lui est reproché. Mais il aurait agi « au mépris de l'intérêt général des Parisiens. »
Financement illégal
La condamnation de Jacques Chirac vient surtout clore une controverse au cours de laquelle une grande partie de la classe politique, à droite surtout, mais parfois aussi à gauche, a multiplié les plaidoyers abusifs et les argumentations complaisantes.
Les emplois fictifs utilisés par les élus pour faire fonctionner leur parti, disait-on, sont d'une pratique courante et tolérée. C'est l'impossibilité de se financer légalement qui a engendré ces pratiques, et non la malhonnêteté des responsables.
Les juges sont venus rappeler à bon escient que voler pour des raisons politiques, c'est toujours voler. L'argent des contribuables n'est pas destiné à financer subrepticement la carrière de tel ou tel ambitieux ou le pouvoir de telle ou telle organisation, d'autant plus que la loi a justement prévu depuis de longues années un financement public des partis politiques.
Indépendance de la Justice
« Tolérer l'argent noir dans la politique, c'est faire payer deux fois les Français pour la même chose. On ajoutera que le financement illégal des partis ouvre toute grande la porte de la corruption personnelle, puisque par définition les emplois fictifs et l'argent noir ne sont contrôlés par personne. Chacun sait que la part occulte de l'argent des partis dissimule aussi des manœuvres de népotisme et d'enrichissement personnel », peut-on lire dans le Nouvel Observateur.
Et la presse française de préciser : « La décision d'hier vient rassurer le citoyen sur l'indépendance de la justice et rend un éminent service à la démocratie française. A ceux qui considèrent que le jugement est trop tardif, il convient de rappeler que ce sont les défenseurs de Jacques Chirac qui ont tout fait pour retarder la traduction en justice de l'ex-maire de Paris. Il ne tenait qu'à Jacques Chirac, au fond, d'être condamné plus tôt s'il le souhaitait... ». (AD)
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