Dans une Belgique marquée par sa frontière linguistique, rares sont les informations à faire la une aussi bien au nord qu'au sud du pays. L'affaire Dutroux est une exception. Tout le royaume se sent concerné par la libération à mi-peine prononcée ce mardi en faveur de Michelle Martin, ex-femme et complice de Marc Dutroux.
Lors de son procès en 2004, cette ancienne institutrice avait été décrite comme fragile, sous l'influence d'un mari violent et manipulateur, mais toutefois responsable de ses actes. Mère de trois enfants, elle avait admis sa participation à l'enlèvement de six jeunes filles et fillettes violées par son époux. Surtout, Michelle Martin avait laissé mourir de faim et de soif les petites Julie et Melissa, emprisonnées dans la maison de Dutroux pendant que celui-ci était en prison. Pour toutes ces raisons, le jury l'avait condamnée à 30 ans de prison.
Libération conditionnelle confirmée
En tenant compte des années de préventive déjà effectuées, Michelle Martin a effectué la moitié de sa peine. Son dossier de réinsertion, présenté pour la quatrième fois mardi, a été jugé par le tribunal d'application des peines, qui lui accorde une liberté sous condition. Le parquet de Mons pouvait pas faire appel mais n'a pas trouvé de causes de cassation. "La procédure a été régulière. Bien que je ne sois pas d'accord avec la décision, j'ai décidé de ne pas introduire un pourvoi en cassation", a déclare le procureur Claude Michaux, lors d’une conférence de presse en fin de journée.
Michelle Martin sortira donc bientôt de prison. Elle pourrait trouver refuge dans un couvent, en France. "Nous allons prendre contact avec la justice française pour établir les conditions de son séjour pour les années à venir", précise le ministre de la Justice Stefaan de Clerck. "C'est le match éternel entre les droits de l'individu et ceux de la société, commente Xavier Magnée, qui fut l'avocat de Marc Dutroux. Si cette femme a des regrets et des remords, elle peut encore se faire pardonner et poursuivre sa vie dans la repentance."
Plaies ouvertes
La libération imminente de celle que l'on a surnommée "l'assistante zélée de Marc Dutroux" ravive bien des plaies, à commencer par celles des parents des victimes : « je suis choqué. Cette femme est responsable de la mort de quatre enfants. Il devrait y avoir des peines incompressibles pour ce type de personnes », confie le père de Julie, Jean-Denis Lejeune, qui s'inquiète aussi d'une éventuelle remise en liberté de Marc Dutroux. "Si Michelle Martin peut être libérée sous certaines conditions, une libération anticipée de Dutroux doit aussi être possible", dit d'ailleurs son avocat, Ronny Baudewijn.
Dès l’annonce d’une libération éventuelle ce lundi, un groupe Facebook comptait déjà près de 71.000 opposants à la mise en liberté de Michelle Martin. Un appel à manifester à 16 heures devant le Palais de Justice de Bruxelles ce mardi y a été posté.
«16 heures» était l’heure butoir pour un éventuel pourvoi en cassation du procureur général de Mons à l’encontre du jugement positif rendu lundi matin par le Tribunal d’application des peines en vue d’une libération conditionnelle de Michelle Martin.
Après un passage devant la prison de Berkendael, où rien ne bouge pour l’instant, CLINT s’est rendu sur les lieux. Un groupuscule scande le nom de Julie et Mélissa sur les marches du Palais de Justice. Photographes et caméras de toutes les télévisions sont là. Des anonymes veulent marquer leur soutien aux parents des victimes et crient leur indignation. Des mots très forts et des positions radicales fusent :
Wendy : « c’est dégueulasse. J’ai quatre enfants et je veux que mes enfants puissent aller se promener au parc en toute tranquillité. Je suis pour la peine de mort, cela nettoiera une partie de nos prisons. Aux Etats-Unis, ils ont tout compris ! Relâcher cette femme, c’est déshonorer la mémoire de ces enfants qui ont perdu leur enfance et la vie ! »
Laurence : « La Justice se moquerait-elle de nous ? Il faut dire NON à la libération de Martin et STOP à nos conneries nationales ! Nous sommes la risée du monde entier. J’ai des amis partout dans le monde. Jusqu’à Dubaï, on connaît l’affaire DUTROUX. Un petit pays sans gouvernement depuis un an et qui ne cesse de faire parler de lui ! Il faudrait que ce soit comme dans les pays arabes : vous volez, on vous coupe la main. Qu’on coupe les couilles aux pédophiles !»
Eric : « J’ai personnellement fait l’objet d’une tentative de meurtre et mes agresseurs sont déjà dehors. La Justice n’est pas juste. Nos politiques ont mis en place un système trop souple qui permet aux délinquants de recommencer. Et puis avec tous nos autres problèmes, on devient vraiment la risée du monde entier ! On va passer pour quoi à la fin ?»
L’épisode Laurent Louis
Laurent Louis, ex-député du parti populaire (PP) et fondateur en janvier dernier du mouvement libéral démocrate, se présente avec un bouquet de fleurs, en hommage aux victimes disparues, qu’il dépose sur les marches du Palais. La colère gronde au sein des manifestants et Louis se fait rapidement taxer de « récupérateur politique ». Sur le bouquet se trouve agrafée sa carte de visite.
Un mot et puis un autre, Louis se défend : « je suis le seul aujourd’hui à venir à la rencontre du citoyen. Je suis honteux d’appartenir à ce pays. Il y a 150 parlementaires sans c ….. qui se cachent derrière leur bureau à 500 M d’ici ! j’ai honte pour les parents et les victimes ! »
CLINT : « d’accord, vous êtes sur le terrain, mais concrètement qu’entendez-vous proposer ? »
LL : « j’ai un programme qui fait plus de 100 pages : suppression de la libération conditionnelle en cas de récidive, renforcement des peines incompressibles, durcissement des conditions de détention, etc … »
CLINT : « tout cela aux frais du contribuables ? »
LL : « écoutez, de l’argent, il y en a sans embarrasser le contribuable. Quand je vois tout ce que l’on sert à boire et à manger gratuitement aux parlementaires ! C’est là que les choses doivent bouger ! »
C’est alors qu’un défi est lancé à Laurent Louis. Une femme s’approche. Elle est un membre de la famille de Laetitia Delhez, une des victimes. « Puisque vous dites que c’est au Parlement que cela se passe, seriez-vous prêt à aller avec nous au Parlement ?
LL (un peu pris au dépourvu) : « pas de problème ! On y va »
CLINT suit Laurent Louis et 3 manifestantes qui descendent la rue Royale en direction du Parlement. Les autorités de police refusent que le groupuscule soit plus nombreux. Autour du Parlement, c’est une zone neutre où il est interdit de manifester.
En chemin, Laurent Louis appelle de son portable, Jean-Jacques Flahaux, le Président de la Chambre pour annoncer notre arrivée. Flahaux prévient déjà au téléphone qu’il refuse de nous voir : « il faut prendre rendez-vous ! ». Premier acte de lâcheté. Nous traversons le parc mais à notre arrivée devant le Parlement, d’autres personnes nous rejoignent. Le groupe monte à dix, c’est « trop » pour les forces de l’ordre !
En quelques minutes, une « dizaine » de flics et MP nous encerclent pour « contenir » une « dizaine » de citoyens pacifistes qui souhaitent s’exprimer auprès de leurs politiques.
Laurent Louis insiste : « j’ai le droit d’inviter des citoyens dans mon bureau. Nous sommes en démocratie ». Rien n’y fera. Le ton devient menaçant et nous sommes « gentiment » invités à nous « disperser ». Les manifestants remercient Laurent Louis pour son acte de « bravoure ». C’est le seul homme politique à s’être présenté sur le terrain aujourd’hui … Même si son geste nous laisse sans « opinion » …
Rappelons tout de même que Louis s’est fait exclure du Parti Populaire (PP) fondé par l’avocat Modrikamen, pour … harcèlement "moral" contre Sophie Colignon, une ancienne attachée parlementaire !!! Laurent Louis a contre-attaqué par le dépôt d’une plaine en calomnie et diffamation.
Lors d'un récent entretien, le député nous confirme que l'affaire a été classée "sans suites". (AD/photos AR)
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