Première mondiale : Le 31 mai dernier, l'Australie reconnaissait Norrie May-Welby, 52 ans, comme le premier individu « neutre » au monde. En d'autres termes, il/elle n'est officiellement ni une femme ni un homme.
Norrie May-Welby est né homme mais, à 28 ans, il préfère se faire opérer pour devenir une femme. Le résultat n’est pas à la hauteur de ses espérances. « Elle » n’est pas heureuse de sa nouvelle condition. « Il/Elle » ne se sent plus homme, mais elle ne souhaite plus être une femme désormais. « Les concepts d'homme et de femme ne me correspondent pas, réplique-t-elle, la solution la plus simple est de n'avoir aucune identification sexuelle ». Elle décide alors d’interrompre son traitement hormonal. Une question se pose alors : est-elle une femme ou un homme ? Les médecins sont incapables de déterminer son sexe.
Après trois ans de procédure, Norrie May Welby, qui se considère comme « anarchiste androgyne » a finalement obtenu gain de cause : l'État de Nouvelle-Galles du sud, où il/elle vit, a décidé d'annuler l'obligation d'enregistrer un citoyen uniquement comme homme ou comme femme sur les certificats de naissance, de décès et de mariage. « C'est la première décision reconnaissant que le sexe n'est pas binaire : pas que masculin ou féminin, se réjouit Emily Christie, l'avocate de Norrie. Cela crée un précédent ».
Un tribunal administratif doit maintenant décider si un troisième genre « neutre » sera reconnu par l’État fédéral d’Australie. « Nous espérons que cette décision sera mise en place dans un contexte plus large à la fois par les cours de justice mais aussi par les agences gouvernementales », a déclaré l’avocate de Norrie.
Depuis 2011, l'Australie offre la possibilité à ses citoyens de se déclarer ni homme, ni femme, mais « neutre », sur leurs papiers officiels (certificats de naissance, décès, mariage et passeports) et ce, même si aucune opération de changement de sexe n'a été subie.
La Suède a déjà son troisième genre
A l’école, dans la littérature ou les catalogues de jouets: le «gender» fait aujourd’hui partie du paysage, en Suède. Avec ses voisins scandinaves, c’est un des pays au monde où les inégalités entre les hommes et les femmes sont les plus faibles. Depuis 1998, la lutte contre les clichés sexistes est même au programme des écoles suédoises, dont certaines font appel, pour les aider, à des «pédagogues du genre».
Et pour éviter une différence de traitement entre le fait d'être déclaré homme ou femme,et réduire au maximum l’influence de l’environnement direct, un couple de parents suédois a d'ailleurs décidé en 2009 de ne communiquer à personne le sexe de son enfant, Pop. «Nous voulons qu’il grandisse librement et non dans un moule d’un genre spécifique, avaient-ils déclaré à l’époque à la presse. C’est cruel de mettre au monde un enfant avec un timbre bleu ou rose sur le front.»
Les jouets d'adaptent
A Noël 2012 dernier, le groupe Top Toy, la filiale scandinave de l’enseigne américaine Toys’r’us, a adapté son catalogue pour les fêtes. Au fil des pages: des garçons qui donnent le biberon à des poupées ou des filles maniant des armes lourdes en plastique. «Nous avons constaté que le débat sur le genre avait pris des proportions telles sur le marché suédois que nous avons dû nous adapter», s’est justifié le responsable de Top Toy.
Les établissements scolaires également
Depuis le début des années 2000, plusieurs crèches et écoles maternelles de Stockholm vont encore plus loin en gommant les distinctions entre filles et garçons. Ces établissements ont sur les étagères de leur bibliothèque une littérature moderne spécialisée dans les questions de genre. Marie Tomicic a eu l’idée de créer la maison d’édition Olika suite à sa «frustration» de ne trouver presque que des héros masculins dans les livres pour enfants traditionnels. «Ça se vend mieux apparemment», soupire-t-elle. La jeune maman a contacté auteurs et illustrateurs pour leur proposer son idée: «Des histoires qui reflètent davantage la société d’aujourd’hui, que ce soit en terme de genre, d’origine ou de classe sociale.» Dans les ouvrages qu’elle publie, le personnage principal a parfois deux papas ou deux mamans ; les garçons peuvent aimer le football et porter des robes et les filles devenir capitaines de sous-marin.
Plusieurs écoles de Stockholm ont ainsi choisi d’abandonner toute référence au féminin et au masculin afin de lutter dès le plus jeune âge contre les clichés sexistes. Il n’y a pas de «filles» ou de «garçons». Rien que des «amis». Et le vocabulaire s'est lui aussi adapté, en utilisant par exemple le pronom neutre «hen» ou en ne parlant plus de «papa» ou de «maman», mais de «parent». Le pronom neutre «hen», est à mi-chemin entre «han» (il en Suédois) et «hon» (elle) et a fait récemment son apparition dans la version en ligne de l’encyclopédie suédoise.
Reconnaître le « troisième genre » deviendra-t-il le prochain combat des personnes qui se considèrent comme « neutres» ?
http://www.youtube.com/watch?v=Qy7QrZuJ1Jw
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