Alors que la Grèce, en pleine crise, a drastiquement réduit le budget de la santé, les toxicos se tournent vers la sisa, une drogue bon marché et inédite en Europe, peut-on lire sur le site de Rue 89.
« Tout le monde en prend dans la rue : le shoot d'héro a augmenté de 3 à 20 euros, contre 2 ou 3 euros seulement pour la sisa », raconte Nikos, 37 ans dont dix-sept ans d'héroïne et quelques mois de sisa. Résultat : aujourd’hui dans les rues d’Athènes, 99% des héroïnomanes consomment ce produit « spécial crise » pour junkies à l'héro.
Liquide de batterie et détergent
Débarquée à Athènes il y a dix-huit mois, la sisa est encore mal connue des pouvoirs publics, qui ne disposent que d'estimations. Selon Tanos Panopoulos, qui travaille en partenariat avec l'Observatoire européen des drogues, la sisa, ou tout produit réunissant les mêmes caractéristiques, n'a été détectée nulle part ailleurs en Europe.
Personne n'est d'accord ni sur son origine exacte, ni sur la nationalité des détenteurs du marché. Les consommateurs parlent de Pakistanais et de Kurdes, les différentes organisations évoquent tour à tour les Iraniens, les Afghans et les Irakiens.
Très facile à fabriquer, extrêmement toxique, la sisa est principalement composée de liquide de batterie et de détergent. Elle se fume à la pipe sous forme de cailloux blancs.
Particulièrement abrasive et réputée « pire que le Krokodil » dans la rue, les conséquences physiques et psychiques de sa consommation en trois mois seraient comparables, selon l'Observatoire national des drogues, à dix-huit mois très intensifs d'héroïne par intraveineuse.
On dit qu'on n'y survit pas plus d'un an
A 3 euros la dose, la sisa est un excitant qui provoque un flash violent de quelques minutes, suivi d'une accélération cardiaque vaguement similaire à la prise de cocaïne. Ses effets secondaires sont très lourds : insomnies, crises obsessionnelles, pulsions extrêmes de violence, pourriture de la peau, ulcères. On n’y survit rarement plus d’un an.
Une tragédie sanitaire
Depuis octobre 2010, il faut s'acquitter de 5 euros pour être admis à l'hôpital en urgence, alors que les taux d'hospitalisation ont augmenté de 24% en deux ans.
Amira, 26 ans, vit dans la rue. Consommatrice de Sisa, elle a récemment été hospitalisée à cause d'une infection de la peau et d'une embolie pulmonaire. Elle raconte : « J'étais à moitié consciente. On m'a changé quatre fois d'établissement : il manquait de place, il n'y avait pas le bon traitement. Et puis on m’a demandé 5 euros, une fortune quand tu vis dehors. »
Maintes fois dénoncés, les effets ultra-pervers de la « tragédie sanitaire grecque » sont affolants. Avec 52% de hausse du HIV, l'Observatoire national des drogues fait également état d'une nette augmentation des consommateurs d'héroïne, à prévision exponentielle.
Médecins du Monde a par ailleurs observé une nette augmentation des consommateurs de drogues dures sans domicile ces deux dernières années. Tout le monde les constate, mais personne ne peut chiffrer les ravages de la Sisa. Pourtant, dans sa course à la réduction de la dette, l'Etat a fermé un tiers des centres de prévention et de désintoxication et a stoppé toute campagne anti-drogue.
Si l’Etat grec pense exclusivement en termes de management financier à court terme, il risque de compromettre la santé publique de demain et se prépare à des coûts inimaginables dans quelques années. En bref, la Grèce ne fait que reporter le problème. (AD)
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