Un mois après le déclenchement de l’affaire DSK, Mamadou Diallo, 53 ans, le frère de Nafissatou, s'exprime pour la première fois à la presse.
C'est la première fois qu'un membre de la famille de Nafissatou Diallo, la femme de chambre qui accuse Dominique Strauss-Kahn de l'avoir violée, s'exprime publiquement. Le « Journal du Dimanche » a rencontré le frère de la victime présumée, chez lui, à Indianapolis, aux Etats-Unis. Il l'appelle sa "soeur", mais précise qu'il est en réalité "son demi-frère" : "nous avons le même père, mais pas la même mère".
Une petite maison de brique rouge dans un lotissement de la banlieue d’Indianapolis. C’est dans ce quartier que vit la communauté africaine de l’Indiana. Des Sénégalais, des Maliens, des Guinéens… Ils sont chauffeurs de taxi, petits commerçants, conducteurs de bus. Mamadou Diallo, le frère de Nafissatou, l’accusatrice de Dominique Strauss-Kahn, a emménagé ici il y a quelques mois. Ancien chauffeur routier, il est reconverti dans le taxi.
Les journalistes du « Journal du Dimanche » interpellent Mamadou devant la mosquée du quartier, où il s’apprête à entrer avec deux de ses 5 enfants. Tout d’abord effarouché, il dit ne « rien avoir à déclarer » mais rapidement l’homme s’ouvre et conduit ses interlocuteurs chez lui. Dans son village, on ne laisse pas les inconnus dehors.
Sa femme sert un plat de riz et de viande en sauce et s’assied sur une chaise, écoutant en silence et surveillant les enfants du coin de l’œil. Une des filles lit ses devoirs et les deux garçons tapent dans un ballon devant la chaîne Disney Channel.
Exceptionnellement, nous retranscrivons les propos échangés ci-dessous (AD)
Avec fierté, le père de famille raconte l’éducation donnée par son propre père, "un homme très respecté". Dans le village de Tchiakoullé, le patriarche était fermier, mais aussi marabout et imam. Il avait apparemment "beaucoup d’enfants" ("Je n’arrive pas à compter", indique Mamadou), et deux familles dans deux maisons différentes. Mamadou Diallo veut transmettre la même éducation à ses propres enfants. Deux de ses filles viennent de terminer le collège. Il espère qu’elles iront à l’université pour avoir un bon métier. Mais ce qui lui donne le plus de satisfaction, c’est leur foi en l’islam. Il va chercher dans le placard cinq corans reliés en cuir. "Ma fille de 11 ans vient de terminer la lecture du Coran" dit-il en en montrant un ouvrage épais écrit en arabe.
Pour Mamadou, "l’affaire", c’est avant tout l’honneur perdu des Diallo. : "Pourquoi notre famille est-elle frappée par une telle malédiction?", s’interroge-t-il sans cesse. Pas facile d’évoquer le sujet. Il se laisse tomber sur le canapé, les larmes aux yeux. Comme si les événements du Sofitel avaient tout ruiné. Comme si rien ne pourrait jamais "laver l’affront"… Le procès? D’éventuelles indemnités? Mamadou Diallo ne semble pas intéressé, presque méfiant. Comme si, au fond de lui-même, il aurait préféré que sa sœur ne parle jamais de cette histoire. Puis tout à coup, il s’emporte contre "l’homme" de la chambre d’hôtel. "Un animal", lâche-t-il, laissant transparaître, avant de la rentrer de nouveau, toute l’étendue de sa colère.
Comment avez-vous appris que votre sœur Nafissatou était au cœur d’une affaire de viol?
Je l’ai appris quatre jours après le drame. Quelqu’un de la communauté guinéenne du Bronx m’a appelé et m’a raconté ce qui lui était arrivé.
Mais on ne parlait que d’elle à la télévision… J’avais entendu l’histoire, mais le nom de ma sœur n’était pas donné. Je ne savais même pas qui était le monsieur…
Une Guinéenne, employée du Sofitel… Cela ne vous a pas inquiété? Je savais que Nafissatou avait trouvé un emploi dans un hôtel de Manhattan, mais pas exactement où.
Quels sont vos rapports avec elle? C’est ma demi-sœur. Nous avons le même père, mais pas la même mère. J’ai quitté le village en 1975, je n’avais pas 20 ans, et je suis passé dans plusieurs pays africains. Elle n’était pas encore née. Ensuite, je l’ai vue lorsque je retournais en Afrique pour quelques jours de vacances… Mais ces voyages étaient très espacés. Je suis arrivé aux États-Unis en 1988, j’avais 31 ans, et la première fois j’ai attendu neuf ans pour retourner au village.
L’avez-vous vue depuis l’affaire du 15 mai dernier? Je suis allé dans le Bronx le 19 mai pour la voir. C’est Hassanatou, ma sœur qui vit à New York, qui s’occupe d’elle. Je lui téléphone pour prendre de ses nouvelles.
Comment va-t-elle? Elle va très mal. Nafissatou pleure tous les jours depuis un mois. Jamais elle ne pourra oublier ce qui s’est passé.
Qu’allez-vous faire pour elle? L’aider à quitter New York? Que puis-je faire pour elle? Sa vie est détruite. Elle est finie. Il n’y a plus rien à faire pour elle. Il n’y a plus qu’Allah qui puisse faire quelque chose pour Nafissatou. Son honneur est sali. Comme celui de tout notre village.
Estimez-vous qu’elle puisse avoir une part de responsabilité? Je n’étais pas dans cet hôtel. Je ne sais pas ce qui s’est passé là-bas. Il n’y a que l’homme, Nafissatou et Dieu qui connaissent la vérité. Au fond de mon cœur, je pense que ma sœur dit la vérité. C’est une femme pieuse qui est incapable de faire du mal aux autres. Elle est timide et travailleuse. C’est une bonne musulmane.
Pourtant, vous semblez la connaître peu… Je sais quelle a été son éducation. Notre père était un marabout et un imam. Il a élevé tous ses enfants dans la religion et le respect des autres. Nous ne sommes pas allés à l’école. Mais il a appris le Coran à chacun d’entre nous. À Nafissatou comme aux autres. Elle fait ses prières tous les jours. Pendant le ramadan, elle donne de l’argent aux pauvres alors qu’elle est pauvre elle-même. Chaque fois que je lui téléphone pour lui demander d’envoyer de l’argent au village, pour un mariage, un malheur, elle le fait immédiatement.
Alors pourquoi la considérer comme "finie"? C’est une honte terrible pour notre famille. On parle de cette histoire dans le monde entier. C’est une honte terrible pour moi. Jamais aucun d’entre nous n’a fait de mal à qui que ce soit sur cette terre. Je ne comprends pas pourquoi ce malheur nous arrive à nous. Cet hôtel n’était pas fait pour elle. L’argent n’est pas tout dans la vie. Il y a des choses plus importantes. Avant, elle travaillait avec la femme d’un Gambien du Bronx dans un restaurant familial. Elle gagnait moins, mais c’était mieux pour elle.
L’avez-vous aidée à choisir son avocat? Non. C’est ma sœur et des membres de la communauté qui l’ont choisi. Ce sont des histoires compliquées. Certains veulent exploiter notre malheur.
Que pensez-vous du procès à venir? Je soutiendrai ma sœur, car elle est ma sœur. Mais je ne suis pas très intéressé par ce procès. Allah sait. Il a déjà jugé.
Le frère de Nafissatou Dialo dit avoir honte pour sa famille!
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