Le Maroc sous le choc : Contrainte d’épouser son violeur, elle se suicide Actua
Le Maroc sous le choc : Contrainte d’épouser son violeur, elle se suicide
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Le Maroc sous le choc : Contrainte d’épouser son violeur, elle se suicide

Elle s'appelait Amina Al Falali, elle avait 16 ans. Le samedi 9 mars, elle s'est tuée près de Tanger avec de la mort aux rats. La raison de son geste bouleverse le Maroc : violée à 15 ans, elle avait été contrainte d'épouser son agresseur. Cet arrangement est prévu par la loi marocaine et permet à son violeur d'échapper à la prison.

Amina Al Filali a été violée et s'est suicidée la semaine dernière à Larache, une localité proche de Tanger (nord) pour protester contre son mariage avec l'homme qui l'avait violée», affirme Fouzia Assouli, présidente de la Fédération de la Ligue démocratique pour les droits de la femme, basée à Casablanca. La jeune fille s'est tuée en avalant un poison contre les rats, précise-t-elle.

L'homme a pu échapper ainsi à sa condamnation par la justice, en s'appuyant sur un article du code pénal. En cas de mariage avec la victime le violeur échappe à la prison aux termes de cet article, déplore Mme Assouli. Selon elle, «l'article 475 du code pénal occulte clairement le mot viol en tant que crime et comporte des contradictions puisqu'il punit pourtant le kidnappeur». La présidente de l'ONG a déploré que le fait que l'article incriminé défende la « famille, les mœurs mais ne prend pas en compte le droit de la femme en tant que personne».

Le mariage a été prononcé par le «tribunal de la famille» dans cette localité, suite à une réconciliation des deux familles il y a six mois, après la déposition d'une plainte des parents de la victime, qui est mineure et de ce fait placée sous l'autorité de son père. Dans de nombreuses sociétés et notamment dans les pays arabes où le poids de la tradition et de la religion est très fort, la perte de la virginité hors du mariage est considérée comme un déshonneur pour la famille. Souvent, des arrangements sont trouvés pour que les filles violées épousent leur agresseur.

Une vaste mobilisation sur les réseaux sociaux

Le drame a provoqué une vaste mobilisation sur la blogosphère et dans les médias. Une pétition pour l'abrogation de «l'article de loi criminel» et intitulé «Nous sommes tous Amina Al Filali» a été mis en ligne sur Facebook. «Au delà de l'aspect législatif, c'est une affaire de mœurs, de perception de la femme-objet qui perdure, du manque d'éducation à proprement parler et d'éducation sexuelle notamment», estime le quotidien francophone L'Economiste.

L'émotion dans le pays a forcé les politiques à s'exprimer sur la législation de protection des femmes. Fait rare: le gouvernement a largement consacré sa réunion hebdomadaire à l'examen de ce drame. «Cette fille a été violée deux fois, la dernière quand elle a été mariée», a déclaré le porte-parole du gouvernement Mustapha El Khelfi. «Il faut étudier d'une manière approfondie cette situation avec la possibilité d'aggraver les peines dans le cadre d'une réforme de l'article du code pénal. Nous ne pouvons pas ignorer ce drame», a-t-il ajouté.

La jeunesse marocaine demande une évolution vers plus de démocratie depuis plusieurs mois. (AD)

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