Libye : les oubliés de l'Occident Actua
Libye : les oubliés de l'Occident
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Libye : les oubliés de l'Occident

Lorsque les révolutions arabes ont pris leur essor - d'abord la révolte tunisienne, puis le renversement du régime égyptien - les Libyens y ont cru. Ils ont vu, eux aussi, l'opportunité de secouer enfin ce régime injuste et cruel qui pesait sur leurs épaules depuis 1969.

Ils ont cru aussi pouvoir compter sur l'Occident. Qu'Obama allait se précipiter pour soutenir leur démocratie toute neuve. Que le limogeage de Michèle Alliot-Marie en France pour ses relations trop proches avec le régime Ben Ali ouvrait une nouvelle ère de coopération. Que l'Europe allait ouvrir ses portes en grand aux représentants des nouvelles démocraties nord-africaines.

Mais c'était sans compter d'une part sur le cynisme du vieux colonel, qui s'accroche à son pouvoir avec une résolution peu commune. Et d'autre part, sur les divisions entre les intérêts occidentaux.

Les Américains ont déjà de quoi s'occuper en Irak et en Afghanistan. Ils n'ont pas envie d'avoir l'air d'imposer la démocratie en Libye comme ils ont tenté de le faire avec ces deux guerres où ils se sont enlisés pour longtemps et à un coût astronomique.

L'Otan est divisé sur la question. Les pays arabes eux-mêmes ont des intérêts très divers dans la région : entre l'Arabie saoudite et le Yémen, occupés à régler leurs propres dangers de révolutions, et la Syrie empêtrée entre Israël, les Etats-Unis et le Liban, il y a peu de choses en commun.

Et l'Europe ? Mercredi, Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge et chef de groupe libéral au parlement européen, demandait l'élargissement de la résolution 73 : celui-ci permettrait de mieux protéger les civils, actuellement massacrés à Misrata. Selon le ministre italien des affaires étrangères, Franco Frattini, les combats ont déjà “fait 10.000 morts et 55.000 blessés”. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) parle lui de 10.000 réfugiés qui se pressent à la frontière tunisienne.

Verhofstadt n'a pas non plus ménagé ses critiques sur l'absence de stratégie des 27 (membres de l'Union européenne) et a appelé Catherine Ashton à “définir une politique commune pour les 4 membres du Conseil de sécurité – France, Allemagne, Grande-Bretagne et Portugal.”

La France envoie des signaux contradictoires. Son ministre des affaires étrangères, Gérard Longuet affirmant dans un bel exemple de pensée circulaire : “c'est long et compliqué et, parce que c'est compliqué, c'est long.” Par ailleurs, Nicolas Sarkozy déclare qu'il va “intensifier les frappes aériennes en Libye”. Alors que les Britanniques vont envoyer leurs premiers officiers de liaison, mais que tout le monde s'accorde pour dire qu'il est trop tôt pour envoyer des troupes au sol.

Les Libyens victimes des intérêts contradictoires que suscite leur or noir. Mais aussi des contradictions politiques et diplomatiques internationales. Et des divisions européennes qui ne cessent de s'affirmer, bien plus que l'Union officielle affichée par la Commission...

Pendant ce temps, on meurt à Misrata...

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