"Maman, dis à la police de se dépêcher. Les gens meurent ici !" : une saisissante discussion via 46 SMS entre une mère et sa fille, cachée sur l'île d'Utoya en plein milieu du massacre, a fait les grands titres dans la presse norvégienne.
Vendredi dernier, Julie Bremnes, une jeune fille de 16 ans, se trouvait sur l’Ile d’Utoya comme des centaines d’autres jeunes rassemblés dans le cadre de l’université d’été des jeunes du Parti travailliste norvégien. Lorsque Anders Behring Breivik a fait irruption et a commencé à tirer, Julie s’est cachée derrière des roches qui bordent l'île et a échangé deux heures durant par SMS avec sa mère.
Nous reproduisons ci-dessous dans leur intégralité les SMS échangés et offerts au public sur le site de l’Express. Rappelons que 68 personnes sont mortes sur l’ile pendant qu’une centaine d’autres mourraient à Oslo sous les tirs d’un extrémiste islamophobe et malade. (AD)
17H42
Julie : Maman, dis à la police de se dépêcher. Des gens meurent ici !
La Mère : Je m’en occupe, Julie. La police est partie. Tu peux m’appeler ?
Julie : Non.
Julie : Dis à la police qu’il y a un dingue qui court partout et qui tue des gens.
Julie : Il faut qu’ils se dépêchent !
La Mère : La police le sait et ils ont eu plein d’appels. Ça va bien se passer, Julie. La police nous appelle, maintenant. Fais-nous signe toutes les cinq minutes, s’il te plait ?
Julie : OK. Nous avons peur pour nos vies.
La Mère : Je comprends ça très bien ma chérie. Reste cachée, ne va nulle part ! La police va arriver, s’ils ne sont pas encore là ! Est-ce que tu vois des personnes blessées ou tuées ?
Julie : Nous sommes cachés dans les rochers le long de la côte.
La Mère : C’est bien ! Est-ce que tu veux que je demande à ton grand-père de venir te chercher quand tout redeviendra normal ? Si tu veux.
Julie : Oui.
La Mère : Nous allons appeler Papi tout de suite.
Julie : Je vous aime, même si je ne me conduis pas bien de temps en temps.
Julie : Et je ne panique pas, même si j’ai une trouille de folie.
La Mère : Je sais, ma Chérie. Nous t’aimons nous aussi très fort. Est-ce que tu entends toujours des coups de feu ?
Julie : Non.
18H15
La Mère : Est-ce que tu as entendu parler des autres à Tromso (ville norvégienne à 2 heures d’Oslo, ndlr) ? Papi est parti te retrouver.
Julie : La police est là.
La Mère : Il parait que le tueur porte un uniforme de police. Fais attention ! Qu’est ce que tu fais, en ce moment ?
18H30
Julie : Nous ne savons pas.
La Mère : Est-ce que tu peux parler, maintenant ?
Julie : Non. Il tire toujours !
La Mère : Joergen a réussi à gagner la côte à la nage. Je viens juste de parler avec son père. On en parle partout aux actualités nationales, toute l’attention est concentrée sur Utoya, maintenant. Fais attention ! Dès que tu peux, retourne sur le continent et reste avec Papi de Hamar (ville de Norvège, ndlr)
Julie : Je suis toujours vivante.
La Mère : Merci, et Dieu soit loué pour ça.
Julie : Nous attendons que la police nous trouve. Nous venons juste d’entendre tirer, donc nous ne voulons pas nous lever.
La Mère: C’est bien, bravo. L’évacuation a lieu, maintenant, c’est ce qu’ils disent à la télé.
Julie : Nous espérons que quelqu’un va nous trouver rapidement. Est-ce qu’ils sont sur le point de l’attraper ?
La Mère : La cellule anti-terroriste est là et ils essayent de l’attraper.
Julie : OK.
La Mère : Est-ce qu’on peut te trouver un vol pour que tu rentres demain à la maison ?
Julie : Je n’ai pas le temps de penser à ça maintenant.
La Mère : Je comprends.
Julie : Est-ce que tu sais s’ils ont réussi à l’attraper ?
La Mère : Je te le dirai, ma chérie. Nous suivons tout ce qui se passe à la télévision.
La Mère : Eh, tu es là ?
Julie : Oui. Les hélicoptères décrivent des cercles au dessus de nous.
La Mère : Alors tout va bien se passer pour toi ?
Julie : Ils cherchent des gens dans l’eau, ils ne nous ont pas encore trouvés !
19H01
Julie : Qu’est ce qu’ils disent, aux informations ?
La Mère : La police arrive aussi par bateau à Utoya, sinon rien de neuf. On ne sait pas ce qu’il en est du tueur, aussi, reste tranquille. Attends qu’on te trouve.
La Mère : Maintenant, ils viennent de l’arrêter !
L’enfer sur l’île d’Utoya restitué en 46 SMS
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