Pascal Piette mettra-t-il le commissaire K.O. ? Actua
Pascal Piette mettra-t-il le commissaire K.O. ?
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Pascal Piette mettra-t-il le commissaire K.O. ?

Après 10 jours de grève de la faim, Pacal Piette est plus combatif que jamais: "J'irai jusqu'au bout !"

Pascal Piette a déclaré la guerre aux politiciens qui veulent interdire le tabac dans tout l'Horeca à partir du 1er juillet 2011. Il a entamé le samedi 26 mars une grève de la faim pour protester contre ce qui lui parait une monstrueuse agression contre les libertés individuelles.

Trois choses frappent immédiatement quand vous pénétrez dans la Taverne Pascal Piette, à la Rue Chaussée, à Hognoul. La première : c'est plein comme un oeuf. Dès le parking, les voitures témoignent de l'affluence. Nous avons d'ailleurs du mal à trouver une table un peu isolée pour parler... La deuxième : l'âge des clients. Je salue un couple de personnes qui ont allégrement franchi la barre des 70 ans, tandis qu'un monsieur d'une cinquantaine d'années me lance une plaisanterie et que deux jeunes qui ont tout juste 20 ans discutent dans le coin, près de la fenêtre. La troisième : la convivialité du lieu. Tous les âges se parlent, les gens sont des habitués qui ont leurs "private jokes" et se tapent volontiers sur l'épaule.

En bonus : la fumée de cigarette qui s'insinue partout. On sent que ceux qui viennent ici sont du même bord que le patron...

"- Comment vous vous sentez ? Vous tenez le coup ?
- Ouais, mais je suis fatigué. Sinon, ça va."

Je ne sais pas trop si la voix éraillée est naturelle, due à la cigarette ou à la fatigue. Ou aux trois. Mais l'oeil est vif, la réaction immédiate.

"- Pourtant, pour quelqu'un qui fait la grève de la faim depuis dix jours, vous m'avez l'air en forme.
- Je suis un ancien boxeur, je sais ce qu'il faut prendre pour maigrir sans tomber dans les pommes ! Je ne mange pas, hein, attention ! N'allez pas dire que je ne fais pas la grève de la faim : je n'ai rien mangé de solide depuis dix jours ! Mais je prends du jus de citron et du magnésium."

Ancien boxeur : je ne voudrais pas me retrouver sur un ring en face de Pascal Piette. On sent une boule de nerfs prête à bondir et qui ne doit pas s'arrêter avant de vous avoir mis K.O. !

"Et moralement, comment vous vous sentez ? Vous avez du soutien ?
- J'ai ma compagne qui m'aide beaucoup, mon médecin qui me suit de très près. J'ai quelques hommes politiques qui ont vraiment embrayé, surtout des bleus : Philippe Goffin, par exemple, le bourgmestre d'Awans. Je reçois des lettres, des coups de fil, les gens viennent me voir. J'ai la presse aussi. La Meuse, des Allemands qui sont venus de Leipzig pour Arte. Vous vous rendez compte ? Ils ont roulé 750 kilomètres pour venir ici... Ma compagne a lancé une pétition. Elle a récolté 12.000 signatures en une journée."

On sent qu'il ne dit pas ça pour l'esbrouffe, mais qu'il est fier de ce qu'il fait, du monde qu'il rassemble autour de lui.

"- Mais pourquoi vous êtes parti au combat, tout seul, comme ça ?
- Je vais vous dire : toute ma vie j'ai aimé les gens. Dans mon café, je fais du social. Mais je suis inquiet. Pas pour moi : moi, ma vie, elle est faite. Pour nos enfants. Moi, je n'en ai pas. Mais ma compagne en a une et je la considère comme ma fille.

- Les enfants ?
- Oui, pour la liberté de nos enfants. On ne peut plus rien faire en Belgique, on n'est plus libre de rien. Bientôt, la Belgique sera un pays communiste. Aujourd'hui, ils s'attaquent au tabac. Demain, ils vont s'attaquer à l'alcool. Ils vous vendront une bouteille de vodka 100 euros dans des magasins de l'Etat, comme au Danemark !

- Et qu'est-ce que vous proposez, vous ?
- Qu'on laisse le libre choix aux gens. Qu'on créée une "taxe du libre choix". On commencerait avec 1.000 euros à la base. Le café qui veut être fumeur paie la taxe et met un panneau à sa porte : Ici, café fumeur. Vous ête prévenu : si vous avez envie de fumer, vous venez chez moi, sinon, vous allez ailleurs. Les choses sont claires. On ne prend pas les gens pour des enfants. "

Il marque une petite pause pour tirer sur sa cigarette.

"- Et vous continuerez votre grève jusque quand ?
- Jusqu'au bout.

- Qu'est-ce que vous voulez dire jusqu'au bout ?
- Jusqu'à ce que le Commissaire européen me reçoive. Il paraît que c'est un Belge.

- Et vous pensez que vous avez des chances de le rencontrer ?
- Il y a de grandes chances que ça aboutisse. Je devrais le voir dans les prochains jours.

- Et qu'est-ce que vous allez lui dire ?
- Qu'avec leur loi, il vont provoquer 20.000 faillites dans l'horeca. Qu'il faut faire attention. Que la Belgique doit rester un pays libre. Ils ont voté cette loi-là en prenant exemple sur l'Italie. Mais ils n'ont pas tenu compte du climat. Là-bas il fait beau. Les gens peuvent fumer en terrasse. Mais ici ! Si on ne peut pas fumer, les gens ne vont plus venir, c'est clair !

- Et si les politiques ne vous écoutent pas, si rien ne change ?
- Alors, j'appliquerai la loi. J'ai déjà fait passer le message chez mes confrères de l'horeca. Je mettrai un panneau "Non fumeur" sur la porte de mon café. Et chaque fois que quelqu'un allumera une cigarette, j'appellerai la police. Vous pouvez être sûr que je les appellerai toutes les 5 minutes ! En comptant les restaurants, on est 38.000 en Belgique : Wallons, Flamands, Bruxellois et Germanophones. Parce que j'aime la Belgique et je veux les rassembler tous. Je vous garantis que ça va faire du bruit dans les commissariats !"

Je quitte Pascal Piette - qui se rend à l'Université de Liège, auprès de chercheurs qui veulent aussi l'entendre sur son combat - et il me vient une image en tête : celle de 38.000 téléphones qui sonnent en même temps et qui virent au rouge comme des bouts de cigarettes ! Bonjour la fiesta ! Carnaval tous les jours pour tous les commissariats du pays !

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