Les « enfants Softenon », ces personnes nées avec une malformation parce que leurs mères ont ingéré le médicament du même nom durant leurs grossesses, créant de graves malformations, demandent réparation devant les juridictions belges.
En 1958, un médicament apparaît sur le marché, il est destiné aux futures mamans souffrant de nausées. Le Thalidomide fabriqué en Allemagne et commercialisé sous le nom Softenon, va provoquer d’importantes malformations chez les bébés qui naissent notamment avec des moignons à la place des bras ou des jambes ou avec un organe absent. Le Softenon a aussi été responsable de nombreux avortements spontanés et d’un taux élevé de décès au cours des premiers mois de vie.
Il faudra cependant attendre 1969 pour que le Softenon soit définitivement interdit de vente en Belgique. Entre 1962, date à laquelle les soupçons concernant le lien entre les malformations des bébés et la prise de Softenon par leurs mamans se précisent et 1969, les pharmaciens sont autorisés à vendre leur stock.
Cinquante ans après ces tragédies, le procès « Softenon » s’ouvre enfin à Bruxelles ce mardi 18 octobre 2011. A l’époque, une cinquantaine de bébés sont nés avec un sérieux handicap en Belgique, 18 d’entre eux attaquent l’Etat afin que leurs souffrances soient reconnues. Ils souhaitent que les autorités reconnaissent leur responsabilité dans cette tragédie, présentent leurs excuses et débloquent l’aide suffisante. Au Royaume-Uni, le Premier ministre a présenté des excuses, a débloqué 20 millions de livres sterling de compensations et a mis en place un accompagnement personnalisé pour améliorer la prise en charge et les soins médicaux.
Jean-Paul Tieleman, l’avocat des victimes, a axé sa plaidoirie sur l'attitude négligente de l'Etat belge face à la société pharmaceutique allemande Grünenthal, qui lançait parfois des médicaments sur le marché sans les avoir testés auparavant. « Il suffisait au directeur de la société pharmaceutique de demander l’autorisation et il recevait, aveuglément, de la part de l'Etat », a-t-il regretté.
Selon lui, ce laxisme de l'Etat a entraîné l'impunité de la firme pharmaceutique. « Il a fallu un nombre élevé de morts et d’handicapés pour que l'Etat bouge! L'Etat aurait dû réagir plus vite, en vertu de son devoir général de prudence et de précaution, au lieu d'entretenir le mythe de la barrière placentaire ». On a en effet cru pendant un temps, à l'époque, que le placenta protégeait hermétiquement le foetus des médicaments pris par la mère.
A l’heure actuelle, on estime que 6.000 « enfants Softenon » vivent encore dans le monde, dont une quarantaine en Belgique. Le Thalidomide est de nos jours à nouveau commercialisé sous le nom Celgene. Il est prescrit sous stricte surveillance pour des problèmes dermatologiques et en aucun cas à des femmes enceintes. Verdict dans un mois. (AD)
Procès Softenon : l’avocat des victimes accuse l’Etat belge
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