A 70 ans, le père Rémi Bouriaud, qui vivait maritalement depuis 11 ans, s’est vu interdire son église par l’évêque de Nantes. Un secret de polichinelle, mais devenu trop visible sans doute.
Le père Rémi Bouriaud, ordonné prêtre en 1967, à La Baule (Loire-Atlantique), a été démis, ce 4 septembre, de son ministère par Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes. Interdiction de célébrer la messe et de prononcer des sacrements. Son tort ? Avoir choisi de « vivre avec une compagne » depuis onze ans, remettant ainsi en question « l’engagement au célibat pris quand il a demandé et reçu l’ordination », indiquait jeudi le diocèse dans un communiqué.
Le père Rémi Bouriaud a rencontré Michèle en 2000, à l’aube de ses 60 ans, et il en est tombé amoureux. « Nous avons fait le pari d’essayer de vivre ensemble tout en connaissant la position de l’Eglise chrétienne, catholique et romaine sur le célibat des prêtres », confie le prête à la presse française. Sans s’exhiber, il n’a donc jamais vraiment caché cette relation. Dans les paroisses de La Baule et de Pornichet, où il officiait depuis 2006, les fidèles connaissaient sa double vie. Le curé partait souvent le soir rejoindre sa compagne, à plusieurs dizaines de kilomètres de là. Personne ne s’en offusquait vraiment. On comprenait, et on n’en parlait pas.
Aujourd’hui, on ne comprend plus. « C’est tout simplement un monsieur qui avait une amie. Il en avait informé ses pairs, évêque compris, et il a continué à faire son travail. On va le regretter », avance une fidèle au presbytère. C’était un prêtre « sympa, ouvert », « pas prêchi-prêcha », « convivial ».
Le père Rémi s’occupait des jeunes du lycée. Il se faisait appeler par son prénom et « ne portait pas le col romain ». Un curé moderne, « comme tous devraient l’être », tranche une fidèle de La Baule.
Ce prêtre anticonformiste a donc fini par déranger. Pourquoi aujourd’hui, alors qu’il affirme en avoir informé sa hiérarchie il y a des années? C’est une lettre anonyme, envoyée cet été à l’évêque de Nantes, qui aurait mis le feu aux poudres. D’aucunes espèrent en tout cas que son histoire relancera le débat sur le célibat des prêtres.
Selon la Fédération européenne de prêtres catholiques mariés, environ un prêtre sur quatre aurait (ou aurait eu) une relation clandestine. « Il est temps que l’Eglise réfléchisse. Au moins, ce curé sait ce qu’est la vie de couple, comme les pasteurs ou les rabbins. La loi du silence, ça suffit ».
Rémi Bouriaud ne veut pas devenir un porte-drapeau. « Nous savions qu’un jour où l’autre cette double-vie pouvait s’arrêter », confie-t-il à Presse Océan. Il a récupéré ses affaires il y a quelques jours au presbytère et a été ovationné par les fidèles pour sa dernière messe. Rémi a déménagé à Tharon-Plage et peut enfin vivre son amour avec Michèle en pleine lumière, tout en « ayant sur la patate que l’Eglise est un peu en dehors du monde actuel et de la société ». Pour Rémi, sur cette question-là, l’Eglise Catholique est restée plusieurs siècles en arrière.(AD)
Rémi Bouriaud : le prêtre concubin interdit de messe
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