Restructuration : Le groupe Delhaize accumule bourdes et manque d'humanité Actua
Restructuration : Le groupe Delhaize accumule bourdes et manque d'humanité
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Restructuration : Le groupe Delhaize accumule bourdes et manque d'humanité

Après le dérapage delhaizien du CEO du groupe, le numéro d’appel d’aide et de soutien psychologique envoyé aux 15.000 membres du personnel de Delhaize aboutit à un cabinet d’huissiers.

Les 15 000 membres du personnel de Delhaize Belgique (38 art.) ont reçu jeudi une lettre comportant un numéro de téléphone erroné vers une cellule d’écoute et d’assistance psychologique. Le numéro, dans lequel figurait une faute de frappe, dirigeait ceux qui le composaient vers un cabinet d'huissiers spécialisé dans le recouvrement de dettes.

Les syndicats n'ont pas caché leur mécontentement face à cette nouvelle gaffe du CEO de Delhaize Denis Knoops. "C'est tout de même incroyable. Une caissière qui ferait ce genre d'erreur aurait déjà reçu un avertissement, alors que le grand patron, lui, peut se le permettre. Et s'il devait être licencié pour sa faute, il recevrait une belle prime de départ", s'indigne le secrétaire du Setca Jan De Weghe dans la presse flamande.

Un véritable bain de sang social
Si en ce début d’année, Makro Cash & Carry a annoncé la suppression de 374 emplois, soit plus d'un dixième de son personnel en Belgique, le "plan de transformation" rendu public mercredi 11 juin par Delhaize constitue la plus importante restructuration dans le secteur de la grande distribution depuis celle qui avait touché le groupe Carrefour en 2010.

Quatorze magasins de l'enseigne Delhaize sont menacés par une fermeture s'ils ne trouvent pas de repreneur franchisé ou s'ils ne sont pas repris par d'autres enseignes de supermarchés.  Les magasins concernés sont ceux de: Aerschot, Berlaar, Courtrai, Diest, Dinant, Eupen, Genk, Herstal, La Louvière, Lommel, Schaerbeek, Termonde, Tubize et Turnhout. Si les mesures envisagées ne s’appliquent pas aux magasins indépendants AD Delhaize, Proxy Delhaize et Shop&Go, à Caddy Home, ni aux activités du groupe au Grand-Duché de Luxembourg et aux chaînes Red Market et Tom&Co, l’avenir s’annonce catastrophique pour 2500 travailleurs annoncés comme devant passer à la trappe, alors même que le personnel prétend avoir concédé d’importants sacrifices ces dernières années. Les piquets de grève de Schaerbeek, Herstal et Embourg nous livrent leurs témoignages (les prénoms ont été modifiés).

J’ai peur de craquer
Herstal - Le visage déconfit, le dos voûté, Marie (49 ans) est en sanglot. « Mon mari est décédé il y a 3 ans d’une longue maladie. Après avoir dû me battre pendant des mois à ses côtés, je me bats à présent pour nourrir mes enfants et payer leurs études. J’ai accepté tous les horaires sans broncher, tôt le matin, tard le soir et le dimanche. Là, on est dans l’euphorie des grèves, on est portés par le mouvement mais après ? J’ai vraiment peur de m’effondrer si je ne sais plus assumer financièrement. Je choisirai peut-être la corde. »

Notre couple est en sursis
Isabelle (42 ans) et Marc (44 ans) travaillent tous les deux au Delhaize Verhaeren, à Schaerbeek. Comme beaucoup de salariés, qui par un père, une mère, un oncle ou une tante, ils sont entrés ensemble dans la famille Delhaize il y a 25 ans. « J’avais 18 ans. Je suis rentrée par ma tante sous contrat d’étudiante et finalement j’y suis restée. J’ai ensuite rencontré Marc au détour d’un rayon et l’on s’est marié. On pensait vraiment avoir un emploi stable jusqu’à il y a encore quelques jours à peine. Si on perd tous les deux notre travail, que va-t-on devenir ? Surtout qu’à nos âges, il ne faut pas se leurrer. On ne retrouvera pas dans le secteur. ‘Delhaize une grande famille’ ?? Oui, mais seulement quand cela les arrange ! »

J’ai un crédit sur le dos
Tina (36 ans) travaille au Delhaize d’Embourg. Elle est mère de deux enfants de 7 et 9 ans. « Cela fait 15 ans que je travaille chez Delhaize. Je n’ai signé mon contrat à durée indéterminée qu’après 7 ans. J’ai tout accepté pour pouvoir le décrocher et tous mes projets personnels, grossesses, maison, se sont fait en point d’interrogation jusqu’à cette fameuse ‘stabilité de l’emploi’. Mon mari est ouvrier, nous avons un crédit habitation sur la tête. Si je perds mon emploi, son seul revenu ne suffira pas à honorer les mensualités. » Et de poursuivre : « Il y a déjà des gens qui craquent. Je ne sais pas si je vais tenir. Je sais qu’on a une cellule de soutien moral. Je vais peut-être les appeler. Après, je ne sais pas. »

J’exige un peu de respect
« Delhaize pour moi c'est 20 ans de ma vie », précise encore cet homme sur le groupe de soutien qui s’est ouvert sur facebook : « C’est aussi deux hernies discale, un genou out, un hold-up, deux morts en tant que secouriste, des milliers de voleurs arrêtés au risque de ma vie et des centaines d'heures en tant que délégué pour trouver des solutions aux problèmes liés à l'entreprise.  Alors oui je fais grève, car je suis un "delhaizien" et que j'ai donné plus que mes mains pour cette entreprise. » Et de conclure affichant un pictogramme « Malhaize » en image de profil : « J'exige un certain respect! »

Le dérapage « delhaizien » de Denis Knoops
Samedi matin, le CEO de Delhaize, Denis Knoops, s’est rendu au magasin de La Louvière pour y rencontrer les travailleurs. Il y a donné une information au personnel présent à l’intérieur qu’il a qualifiés en sortie d’entretien de « vrais delhaiziens », sans vouloir communiquer ensuite avec les grévistes en faction à l’extérieur du point de vente. Les représentants syndicaux ont qualifié cette attitude de scandaleuse et méprisante. Quant au délégué présent à Schaerbeek, que nous avons pu interroger, il a traité l’homme d’ « aussi inhumain que Mittal », précisant : « C’est l’âme de la maison qui disparaît.» « Même si nous sommes resté dehors pendant 4 jours, ‘delhaiziens’ nous sommes et ‘delhaiziens’ nous resterons. Nous avons le lion dans le ventre », ont tenu à préciser les salariés sur les réseaux sociaux. « Malgré le climat, nous serons prêt à accueillir nos clients dès ce lundi dans votre supermarché. » Des clients qui ont tenu à marquer, eux aussi, leur présence solidaire : « Courage à tous », « Merci pour votre sourire quotidien », « Je ne verrai plus Martine à la Caisse 3 », messages de réconfort, pétitions et groupes de soutien ne cessent d’affluer sur le net.

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