Depuis février dernier le centre TADAM, à Liège distribue de l’héroïne de façon contrôlée à des patients toxicomanes. L'objectif est d'aider cent consommateurs dépendants à sortir du fléau dans les deux années à venir.
Deux à trois fois par jour, les patients toxico viennent au centre inhaler de l’héroïne dosée par un médecin et préparée par une infirmière. Dans le quartier, le projet avait suscité lors de sa mise en place une vive appréhension. Mais jusqu’à présent, personne n’a rien remarqué : « On craignait que les toxicomanes viennent embêter les gens qui se promenaient en rue et qui regardaient les boutiques. On avait peur qu’ils veuillent leur demander de l’argent par exemple. Mais on n’a rien vu de tout cela et on ne se rend même pas compte que ce centre est ouvert », reconnaît Viviane Lanuti, une vendeuse du quartier.
Respecter le quartier et les abords du centre de distribution est une condition nécessaire pour pouvoir participer à ce qui est considéré actuellement comme un « test clinique ». Entre 7h et 18h, trois plages horaires de deux heures sont prévues. Le timing est très strict : « Leur rapport au temps a changé », indique Roger Collinet, éducateur. « Avant il n'y avait pas de passé, pas d’avenir, et tout était dans l’instant présent. Maintenant, cela leur donne un rythme. (..) C’est un peu comme si ils devaient aller travailler, ils doivent se lever le matin », dit-il.
Délivrer ces patients de l’héroïne a pour objectif d’améliorer leur santé et leur situation, de diminuer leurs comportements délinquants et de leur faire retrouver si possible un logement stable voire, un emploi. « On leur répète qu’ils ont un an de traitement assisté et on n’est pas autorisés à un jour de plus. Donc il faut qu’ils profitent de cette année pour chercher d’autres solutions », indique par ailleurs Dominique Delhauteur, coordinateur du projet.
Le programme est réservé à ceux qui vivent dans l’arrondissement liégeois depuis au moins un an, pour éviter une affluence trop importante de patients.
Mais une salle de shoot comment ça marche, et à quoi ça sert? Explications
Lorsqu'un toxicomane arrive, il est pris en charge en deux temps. D'abord l'accueil par un travailleur social, qui vérifie notamment qu'il est un usager habituel de drogue, et teste le produit qu'il a en sa possession. L'usager est ensuite enregistré administrativement, puis passe à la salle de consommation, où il est pris en charge par du personnel soignant qui lui donne les notions d'hygiène et d'asepsie de base, et lui montre comment utiliser correctement les kits stériles à usage unique.
Pourquoi monter de telles structures?
L'objectif est de limiter les risques d'overdose et de transmissions de maladies, mais c'est également une porte d'entrée dans les soins pour ces patients particulièrement difficiles à approcher, l'occasion de «nouer une relation» avec eux, de les «remettre debout» puis d'envisager un travail de sevrage. Enfin, la pratique «participe aussi à la sécurité publique», estiment les instigateurs du projet qui expliquent qu'il est préférable que «ceux qui de toute façon s'injecteront le produit» le fassent «dans des lieux sécurisés plutôt que des cages d'escalier».
Est-ce que cela fonctionne?
En Europe, il y existe déjà une bonne cinquantaine de structures (au moins dans 45 villes de 8 pays), et notamment en France, en Espagne, en Suisse, en Hollande, au Luxembourg et en Allemagne. Et il en existe aussi par exemple à Sidney, ou encore à Vancouver. Selon divers rapports nationaux dans chacun de ces pays, ce type de politique semble présenter un retour positif.
Au rayon des « satisfactions » mises en évidence par les initiateurs du projet : la consommation n'augmente pas, les nuisances liées aux injections dans la rue diminuent, et des populations qui échappent aux services sociaux et médicaux prennent contact avec les soins. La diminution du nombre de contamination par les hépatites ou le VIH n'est cependant pas avérée. (AD)
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