Alors que Rome menace de mettre les municipalités à la diète, dans ses environs, une petite commune qui refuse de se laisser endormir par les discours d’austérité, résiste aussi fermement qu’un village gaulois.
Si historiquement, l’Italie s’est formée d’une mosaïque de nombreux petits états, aujourd’hui, il n’en reste rien, si ce ne sont quelques réminiscences fortement ancrées dans les mentalités, dont la conception que les gens des campagnes ont de leur village.
Cette conception ancestrale explique la colère suscitée par une note émise par le bureau du Premier Ministre italien, prévoyant que les petites villes de moins de 1000 habitants devront mettre en commun leurs budgets pour mener à bien « les fonctions fondamentales » à partir de 2013. La mesure est incluse dans le budget d’austérité de 45,5 milliards d’euros adopté par décret d’urgence pour calmer les marchés financiers, le 12 août dernier. 1963 communes n’atteignant pas le seuil de 1000 habitants inscrits à leurs registres seraient concernées.
Lundi 29 août, de nombreux maires italiens ont déjà manifesté à Milan pour défendre leurs collectivités locales. Certains avaient même affirmé qu’ils étaient prêts à accueillir des immigrants fuyant la Libye pour que leur commune puisse atteindre la barre des 1000 habitants et échapper ainsi à la mesure.
Portés par leur « sindaco » (maire) Luca Sellari, les habitants de Filettino, une petite bourgade de 598 habitants dans la province de Frosinone (Latium) ne l’entendent pas de cette oreille. Ils ne veulent pas être rattachés à Trevi, distant de quelques kilomètres. Pour conserver leur « autonomie » et leurs « ressources naturelles », ils veulent faire sécession et affirment vouloir s’ériger en principauté.
C’est « San Marino » (République de Saint-Marin), qui bénéficie d’un statut dérogatoire en Italie, qui semble avoir inspiré le maire du village. Une indépendance qui a ses limites puisque l’euro reste toutefois la devise officielle sur le territoire de la petite république.
Des armoiries, un site internet, une monnaie et une devise
La « principauté » de Filettino semble véritablement vouloir organiser sa prise d’indépendance. Des documents officiels au t-shirts, en passant par la liqueur locale et autres objets de promotion du commerce local, les armoiries du village sont d’ores et déjà partout. Et un site internet officialisant la démarche rebelle est régulièrement mis à jour sur http://www.principatodifilettino.com/
Mais ce n’est pas tout. Depuis la fin du mois d’août, Filettino bat sa propre monnaie : le « fiorito » (fleuri) en hommage au florin, la monnaie florentine en circulation dans la région au 13ème siècle. 20.000 billets, estampillés à l’effigie du maire, ont été imprimés et une parité a déjà été attribuée à la monnaie, puisque le « fiorito » s’échangerait contre 0,50 euro en cas sécession confirmée.
Le village a même offert le poste de « Prince » à l’héritier de la maison de Savoie, le Duc Emmanuel-Filibert. Celui-ci, ne voulant pas se positionner dans un conflit ouvert, a « poliment » décliné le trône. Il a par contre immédiatement proposé son aide « dans la mesure où cette aide ne contrevenait pas à la Constitution italienne et à ses lois ». Une façon élégante de ne pas se mouiller. Qu’importe, le maire Luca Sellari aurait déjà établi une liste de 50 candidats potentiels, politiques et célébrités, tous secteurs confondus.
La devise affirmée du village s’affiche partout dans les rues : « Nec flector nec frangor »: nous ne fléchirons pas, nous ne nous écarterons pas de notre objectif !
Le maire compte bien aller jusqu’au bout, même si la mesure qui a déclenché les hostilités a finalement été abandonnée par le gouvernement. Certain de pouvoir les surmonter, Luca Sellari aurait prochainement rendez-vous avec un des meilleurs avocats d’Italie, Carlo Taormina, pour examiner les détails constitutionnels impliqués par la sécession. L’éminent juriste aurait déjà donné un « accord de principe » favorable, évoquant 4 pistes constitutionnelles pour mener le projet à terme. Sa note finale est attendue dans les prochains jours. Suite au prochain épisode d'une saga pour le moins "carnavalesque". Mais, on n'est pas loin de Venise, il est vrai.
Voilà en tout cas une initiative citoyenne qui ne manque pas d'air et ce n'est pas celui de Pierrot sur son croissant de lune . Et si on faisait la même chose avec Bruxelles, Hal, Vilvorde? (AD)
http://www.youtube.com/watch?v=wAftXodOwZE
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