Le site d'information Mediapart a publié un procès verbal de réunion de la Fédération Française de Football : il y est question de quotas, de couleur de peau et de diminuer le nombre de "grands blacks". Le scandale ne blanchira pas le football, ni l'image de la France.
La mère Denis doit se retourner dans sa tombe : le foot français veut laver plus blanc que blanc ! Il y est question de quotas, de couleur de peau, de binationalité et de diminuer le nombre de "grands blacks", autrement dit de joueurs noirs de grande taille...
En cause, des informations publiées par le site d'informations Mediapart le 28, démenties immédiatement par les intéressés et puis confirmées par une copie de procès verbal, publiée le 30 avril, toujours sur Mediapart.
Cette réunion a eu lieu à la DTN, Direction Technique Nationale. Les participants de cette rencontre ? Trois hommes-clés du football français : Laurent Blanc, le sélectionneur des Bleus (photo); François Blaquart, le directeur technique national; et Erick Mombaerts, entraîneur de l’équipe de France Espoirs.
La publication des deux articles, la conférence de presse au cours de laquelle Laurent Blanc a tenté de se défendre en mentant, l'importance donnée par les médias à la nouvelle, le climat politique surchauffé par la popularité de Marine Le Pen, tous les ingrédients étaient en place pour que le scandale prenne des proportions héroïques et ravivent les passions nationales ou racistes.
Changer de modèle
Que s'est-il vraiment passé ? Qu'ont vraiment dit les trois hommes ?
Qu'il fallait changer de stratégie. Que le football français s'appuie presqu'exclusivement sur la condition athlétique des joueurs : des sportifs puissants, de grande taille. Et que les récentes défaites des Bleus contre des équipes moins physiques mais plus tactiques remettaient en cause ce modèle.
Très bien. Jusque-là, les hommes parlent de leur métier en experts techniques analysant un problème de stratégie.
Mais après 40 minutes, la discussion va dériver vers les "solutions" envisagées. Et c'est là que les expressions incriminées ont été prononcées. Laurent Blanc affirme qu'il n'a pas de problèmes avec les joueurs de couleurs. Du moment qu'ils restent en équipe de France et ne vont pas jouer pour des équipes africaines après avoir été formés en France.
C'est là que François Blaquart, une autre participant, prononce le mot "quota" : "on peut baliser, en non-dit, sur une espèce de quota. Mais il ne faut pas que ce soit dit. Ça reste vraiment que de l'action propre."
Ça ne doit pas être dit, cela doit rester de l'action propre. L'homme qui prononce ces paroles est donc bien conscient de ce qu'elles ont d'inacceptable...
Erick Mombaerts, lui, cite un chiffre à propos des joueurs binationaux, qui peuvent choisir une autre nationalité lorsqu'ils sont majeurs : "Donc il faut 30%? Un tiers de gamins qui peuvent changer." Ce à quoi les autres répondent en choeur : "Même pas". Donc, 30 % de binationaux, c'est déjà trop...
Laurent Blanc précise toutefois : "Quand les gens portent les maillots de l'équipe nationale des 16 ans, 17 ans, 18 ans, 19 ans, 20 ans, Espoirs, et qu'après ils vont aller jouer dans des équipes nord-africaines ou africaines, ça me dérange énormément. Ça, il faut quand même le limiter."
Il y a donc assimilation automatique entre "noirs" et "binationaux". Pour Laurent Blanc (qui porte vraiment mal son nom), les joueurs athlétiques, puissants, sont aussi des noirs. Qu'il appelle des "blacks". Et qu'il faut limiter pour cela aussi.
Des propos condamnables
Sur son blog, le spécialiste français des discriminations, Alain Piriou, affirme que ces propos tombent sous le coup de la loi et sont condamnables. Et ce, pour au moins 4 raisons :
1. Discrimination directe liée à la nationalité (les fameux "binationaux")
2. La discrimination indirecte liée à la race ou à la nationalité (les grands blacks exclus)
3. L'injonction discriminatoire : l'un des participants a donné des instructions pour que les quotas soient mis en place.
4. L'utilisation de données personnelles : François Blaquart suggérait d'utiliser les fichiers de données de la FFF afin d'éliminer les joueurs de couleur...
Au-delà des problèmes légaux, ce sont surtout les implications morales de cette réunion qui ont choqué les Français. François Blaquart, directeur technique de la DTN a été suspendu. Mais on peut s'attendre à d'autres mesures... (MB).
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